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Poem of Honorine Mercier interned in Saint-Anne's psychiatric hospital (asylum/hospice at the time) between 1886 to 89. I will translate in full (still in process), will also do a short added bio since she was never recognized as a poet, I just want to share what people call outsider art (art brut) I came accross thanks to a friend working on history of madness and gender and mysiticism in the 19c. The transcription in the original newspaper it appears in gives no indication of how much has been cut out and where! unfortunately.

You can find the archive of it in l’Écho de Paris, 16th of february 1889 page 2, originally published in Encéphale.

Article et poème en français, version complète

Le Carnet d’un Reporter
Les écrits des aliénés. — La réunion de la presse périodique.

Peut-être se souvient-on du crime mysterieux de Villemomble. Rappelons, en deux mots, qu’ils y a quatres années environ, une vieille demoiselle, nommée Elodie Ménétret, avait été empoisonnée, et que son squelette avait été enfoui dans le jardin de la maison qu’elle habitait.

Les coupables, au nombre de trois, furent arrêtés, — en Belgique, si je ne me trompe. Tous trois paraissaient en proie à une exaltation très grande et étaient sujets à de véritables hallucinations. Trois aliénistes distingués : MM. Blanchard, Ball et Mottet les examinèrent. Dans un très remarquable rapport, les médecins conclurent à l’irresponsabilité de deux des membres de la famille, qui furent internés à l’hospice Saint-Anne.

Au nombre de ces derniers se trouvait Honorine Mercier. Honorine était la plus jeune de la famille ; mais elle en était réellement le chef. D’une nature étrangement impressionable, qui la portait vers un mysticisme profond et la plongeait dans de continuelles extases, son état d’hystérie la faisait vivre dans un délire perpétuel. Honorine Mercier a des visions, comme la vierge de Domremy — c’est du reste le seul point de ressemblance qu’elle ait avec elle. Elle se trouve transportée par un ange dans le ciel et elle entend le chant des Bienheureux ; puis le démon l’entraîne au fond des enfers.

De ces visions, l’hystérique a fait un récit en vers. Un vaillant petit journal spécial, L’Encépahle publie cette poésie assurément curieuse. On comprendra que nous ne la reproduisions pas complétement ; mais nous en donnons quelques passages à titre de document. Elle est datée de Saint-Anne, 25 juillet 1888.


A terre je gisais, foudroyée, éperdue…
Puis...le sol s’entrouvrant me lança dans la nue !...
Que vois-je ? ...oh quel effroi ! ... quel océan d’espace !
Quoi ? ...mon corps s’agitait suspendu dans l’espace ! ...
Lequel précipité dans un vide infini,
Me parut un ballon tournant dans l’infini.
Sans un fil pour soutien, tournant, tournant sans cesse
Quelle chute et quel choc ! ... ô ciel quelle détresse
Ne voir que l’étendue, que l’abîme insondable,
Que le néant sans cieux, c’était inénarrable.
Un univers sans âme, aussi large et profond
Qu’on ne peut l’exprimer puisqu’il était sans fond ! ...


Oh désespoir !... horreur ! Rien que l’immensité !...
Pourtant c’était un monde, un monde inhabité.

La mère d’Honorine Mercier lui parle ; sa harangue se termine par ces quatre vers :

La justice d’en haut force à ces représailles
Et corporellement jusque dans les entrailles
Tu sens ce qu’on y souffre et juge par toi-même,
Ce que coûte à l’impie le crime et le blasphème !


Il paraît que ce discours impressionne vivement Honorine Mercier :

Changez, mon Dieu changez… Vite.. un autre supplice
Car tout est préférable à cet amer calice
A ces travaux forcés qu’un génie torturant
Fait supporter sans cesse à l’homme impénitent ;
Que je soies brulée vive… ou bien alors broyée…
Sur la roue succombant l’âme comme arrachée.
Que bénins sont ces maux comparés à tous ceux
Qui flagellent mon être immolé sous mes yeux

Puis, apparition du Dieu libérateur.

Le ciel entendit donc cette conjuration,
Prompte comme l’éclair j’accomplis cette action !
C’est d’atteindre ma couche, aussi mon crucifix,
A tâtons sans y voir, pourtant j’y réussis.


Alors je pus causer à celui que j’aimais,
Mon corps supplicié à la croix s’unissait,
Et sans plus d’amertume avec un tendre amour,
Je disais à Jésus : sors-moi de ce séjour !...

La poésie si tant est qu’on puisse appeler ainsi ce fatras informe, se termine par un « Appendice aux abîmes de l’espace ». Successivement Honorine Mercier nous parle de l’abîme entonnoir, de l’abîme cahotant. Du premier, voici ce qu’elle dit :

Ce tuyau vous appelle et c’est pour vous murer,
Menaçant il vous crie qu’on y peut respirer,
Marche en rétrécissant toujours de plus en plus !

De l’autre :

L’abîme cahotant est un mont fait de rocs.
On le gravit courant heurté de roc en roc,
Debout sur un trapèze auquel sont adaptées,
Deux roues ne fonctionnant qu’en étant cahotées.
Le choc est permanent, mécanique, infernal ;
Résonant sur le cœur comme un timbre du mal.

Il y a là un cas pathologique intéressant. Je le signale au docteur Charcot et le recommande à mon ami et collaborateur Auguste Germain, pour son prochain roman Les Frissons, dont l’action se passe dans le monde des aliénés.
[…]
FERNAND XAU.

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